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Notre désir est nono - entête

Notre désir est nono

On a tendance à voir l’attrait physique qu’on ressent pour une personne comme une fatalité. On considère qu’il y a des babes et des pichous, que c’est comme ça et c’est tout. On trouve tous Jennifer Lawrence et Liam Hemsworth sexy, parce qu’on est programmés génétiquement pour être attirés par les mêmes caractéristiques physiques - des caractéristiques “optimales” pour la reproduction, pense-t-on.

Or, si cette idée de l’attirance innée et universelle est répandue, elle ne passe pas exactement l’épreuve des faits. Ce que montre la science la plus exhaustive, c’est que notre désir part dans tous les sens… et qu’il est nono.

Selon une étude publiée dans le journal Current Biology, notre génétique n’expliquerait qu’un cinquième de ce qui nous attire. Dans le cadre d’une expérience, la chercheuse Laura Germine et son équipe se sont penchées sur les préférences de 35 000 volontaires envers différents visages via un site Web. Après avoir compilé les statistiques, les chercheurs ont observé que les cobayes n’étaient d’accord que dans 50 % des cas sur quels visages étaient attirants.

Partant de ce constat, ils ont voulu en savoir plus sur ce qui motivait notre attirance et ont procédé à une autre expérience. Ils ont alors examiné les goûts de 547 paires de jumeaux identiques et de 214 paires de jumeaux de même sexe non identiques. La distinction est importante parce que les jumeaux identiques ont plus de gènes en commun. Donc si une préférence est influencée par la génétique, ils partageront davantage cette préférence que les non identiques.

En comparant les préférences de tous, les scientifiques ont découvert qu’aucun type de jumeaux n’avaient en général les mêmes goûts. Notre attirance sexuelle serait donc très influencée par notre histoire de vie personnelle. Même la manière dont on a été élevé - même si on est des jumeaux avec les mêmes gênes et les mêmes parents - nos préférences physiques vont différer.

Condamnés à fétichiser nos ex

Selon les psychiatres, à cause du complexe d’OEdipe et d’Electre, nous sommes poussés inconsciemment à rechercher notre père ou notre mère dans nos partenaires. Or, selon Laura Germine, nous serions plutôt poussés à rechercher dans nos futurs partenaires… nos ex-partenaires.

Toutes sortes de facteurs vont influencer nos préférences, mais notre premier amour pourrait être particulièrement déterminant, selon la chercheuse. « Si vous songez à votre premier partenaire amoureux, au visage de cette personne, les gens qui lui ressemblent risquent d’être attirants pour vous pendant plusieurs années après », estime-t-elle.

Pensez-y deux secondes. Combien de vos patterns amoureux peuvent s’expliquer ainsi?

Bon, d’accord, ça n’explique pas tout non plus. Et reste qu’on est quand même tous d’accord sur qui est sexy 50 % du temps. Si la génétique n’explique qu’un cinquième de nos désirs, il y a encore un écart à expliquer…

Tous moutons?

Plusieurs chercheurs par le passé se sont donné comme objectif de trouver les caractéristiques universelles de la beauté physique, le « nombre d’or » du sex-appeal.

Et ce qui a longtemps fait consensus, c’est qu’on aime les hommes qui ont l’air forts et les femmes qui ont l’air fertiles. Et aussi, qu’on aime les visages symétriques. Les études qui concluent que les visages symétriques sont les plus désirables postulent que c’est le cas parce que la symétrie faciale indique une bonne santé et qu’il est idéal de chercher à se reproduire avec les gens en bonne santé. Mais la majorité des études qui valident cette théorie portent sur un échantillon restreint, et - petit problème - lorsque l’échantillon est agrandi, la préférence pour la symétrie s’estompe presque totalement. Par ailleurs, lorsqu’on considère l’historique médical des personnes aux visages symétriques et asymétriques, il n’y a pas de corrélation entre leur santé et leur degré de symétrie. Donc ça ne sert à rien de s’accoupler avec une personne qui a un beau visage égal partout, elle va quand même avoir le rhume et la diarrhée.

Quant à l’idée que les femmes préfèrent universellement les hommes musclés avec des torses en forme de « V », encore une fois, on a un petit problème : lorsque les chercheurs élargissent leur étude à l’extérieur du monde occidental, leurs constats se heurtent au fait qu’il y a plusieurs cultures où ce sont les hommes qui ont des corps minces et qui ont un look plus « efféminé » qui provoquent la même explosion libidinale que les danseurs du 281. Alors qu’ils seraient dédaignés ici, ce sont des mâles alpha là-bas. De la même manière, dans les cultures où la famine pose un risque, les personnes rondes sont considérées comme les plus attirantes alors qu’elles seraient exposées à la grossophobie en Occident.

Si nos préférences occidentales ne sont pas universelles, comment se fait-il alors qu’elles sont si partagées chez nous, au point où elles nous semblent indiscutablement naturelles?

Le conformisme sexuel est un élément de réponse intéressant. Pour expliquer ce phénomène, gardons l’exemple de la grossophobie... J’ai un ami qui m’a révélé avoir été très attiré il y a quelque temps par une femme ronde. Il l’a fréquenté, elle lui faisait de l’effet, ils s’entendaient bien, tout allait pour le mieux… Jusqu’à ce qu’il montre des photos d’elle à ses amis, qui se sont aussitôt mis à le taquiner à propos du poids de son kick.

Mon ami m’a avoué s’être alors rangé de leur côté. Il a mis un terme à son idylle. L’opinion de ses amis était plus importante que sa propre attirance.

Il serait facile de lyncher mon ami pour son comportement, mais il faut savoir que plusieurs d’entre nous sont susceptibles de céder au conformisme sexuel.

Dans le cadre d’une expérience du département des études commerciales à l’Université Johns Hopkins, des chercheurs ont demandé à des gens d’évaluer différents visages selon leurs préférences. Leurs réponses allaient dans tous les sens, il y en avait pour tous les goûts. Mais, dans un deuxième temps, les chercheurs ont établi des moyennes et les ont partagés avec les cobayes avant de les faire réévaluer les visages. Les sondés se sont alors mis à aligner leur préférence sur la moyenne qui leur avait été présentée. Ils ont littéralement révisé leurs goûts pour les calquer sur ceux des autres.

Donc si on apprend qu’une personne Y est attirée par une personne X, on a soi-même plus de chances de développer une attirance pour X.

Un autre phénomène, appelé en psychologie l’effet de simple exposition, montre aussi cette tendance à l’uniformisation du désir. Plusieurs études ont démontré que plus on est exposés à un stimuli, plus on apprécie ce stimuli. C’est comme quand - ça vous est sûrement déjà arrivé -  vous avez un nouveau collègue au travail, et au début, vous ne le trouvez pas beau, mais, à force de le côtoyer, vous finissez par trouver sa face de moins en moins pire, puis de plus en plus nice, et finalement, vous vous mariez et vous achetez une ferme.

L’effet de simple exposition veut aussi dire que les médias et les publicitaires ont bel et bien une influence sur notre désir en nous exposant fréquemment aux mêmes types de visages et de corps. Plus tu vois Maripier Morin, plus tu vas la trouver belle, et plus tu vas trouver jolis les gens qui lui ressemblent. Et si Maripier était ton premier amour, là, t’es faite.

Ce qu’il faut retenir de tout ceci, c’est que la plupart du temps, on trouve attirant ce qui est familier, et, surtout, que nos goûts sont manipulables. Nous sommes une belle gang d’influençables… Mais, fort heureusement, notre histoire de vie personnelle peut altérer notre instinct de mouton, nous donner une certaine latitude, et, avec un peu de chance, nous permettre à tous de trouver notre torchon ou notre guenille.