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La copulation est une activité sociale - entête

La copulation est une activité sociale

Je t’écris quelque chose, toi l’enfant que j’aurai pas: j’ai jamais fourré dans le but explicite ni implicite de faire des enfants, pis je pense que je suis pas le seul.

La majorité des humains ont une sexualité pratiquement aussi déconnectée de la procréation que la mienne peut l’être et depuis quand même un petit bout. Du passaire égyptien en fumier de crocodile au condom victorien en intestin de mouton (réutilisable, mais non vegan) à la pilule contraceptive, les hétéros ont longtemps tenté de contourner la fécondation avec la technologie, sans compter le recours à pratiques non reproductives (lire: surfaces ou orifices autres que le vagin), que ce soit par plaisir ou par souci d’éviter une grossesse.

On s’entend tous sur une chose: fourrer, on fait ça d’abord parce que c’est le fonne. Mais un bassin de recherche de plus en plus large indique que notre obsession avec la sexualité procurerait des bienfaits qui vont bien au-delà du simple plaisir (et, accessoirement, de la procréation), ce qui expliquerait et justifierait l’omniprésence de sexe non reproductif chez les humains.

 

Pourquoi fourre-je?

Se masturber, c’est bien, mais pour pour la majorité des gens, PornHub suffit pas à se satisfaire: à choisir, on va préférer mettre quatre jambes en l’air (ou six, ou huit, pourquoi pas) plutôt que deux (sauf les personnes se définissant comme autosexuelles - ces personnes doivent être beaucoup faciles à satisfaire que moi, dans la vie). À deux, c’est mieux, et on va toujours préférer doubler le plaisir. Ça adonne bien, parce qu’échanger des fluides corporels, c’est justement une excellente façon de tisser des liens, et pas seulement des liens amoureux.

De plus en plus de chercheurs se penchent sur le rôle de la sexualité comme liant social, en fait: comme les humains et les autres primates ont historiquement réussi à survivre grâce à leur capacité d’association, la recherche constante de l’orgasme avec ou sans contraception, par devant, par derrière, dans la bouche ou dans les mains, ça pourrait être un avantage du point de vue de l’évolution, comme l’explique une autre étude qui avance que l’orgasme facilite l’attachement social. Tout ça expliquerait que le sexe non-reproductif soit complètement absent chez une foule d’espèces dont la survie ne dépend pas de l’appartenance à une société unie--mais que les dauphins, eux, adorent se zigner dans l’évent et se faire des petits massages vaginaux hypersoniques. L’auteure de l’étude explique par ailleurs que chez les humains, une bonne partie des comportements sexuels entre personnes de même sexe se produisent chez des individus qui ne se définissent pas comme homosexuels. Ça tient debout, surtout quand on considère que les comportements homosexuels étaient présents bien avant qu’on formule le concept de couple homosexuel, ou même d’homosexualité tout court.

 

De l’utilité de la bromance

Une autre étude fascinante publiée 2014 trace un lien entre les pulsions homoérotiques chez les humains et la présence de progestérone, une hormone qui facilite l’attachement social. Si les résultats sont très préliminaires, l’étude supporte l’hypothèse que les pulsions homoérotiques servent à renforcer l’affiliation à d’autres humains. Dans une hypothétique société où la fluidité de l’orientation sexuelle ne serait pas stigmatisée, les humains ayant un spectre plus large de pulsions érotiques auraient donc « alliances »—un réseau social, finalement--plus fortes.

Tout ça contribue à tracer des parallèles entre la sexualité humaine et certains exemples déjà connus et étudiés dans la nature, comme celui du bonobo. L’exemple est usé à la corde mais toujours intéressant: cette espèce a recours à la sexualité entre autres pour régler des conflits, les éviter, ou cimenter des alliances entre communautés. Peut-être qu’intégrer la sexualité dans les rapports diplomatiques serait une façon d’apaiser les politiques?

Rajoutez à tout ça le fait que l’acte sexuel lui-même provoque une forte décharge d’ocytocine, un neurotransmetteur qui facilite l’attachement et la confiance: encore là, une autre indication que la sexualité lubrifie les rapports sociaux.

Bref, si l’évolution des espèces nous a poussé pendant aussi longtemps à vouloir nous frotter contre nos congénères, c’est qu’à quelque part, l’épreuve des faits a dû démontrer que c’était payant, et pas seulement pour féconder des ovules.

L’évolution favorise toujours ce qui est payant. Mais on se rend compte aujourd’hui que le spectre de ce qui est payant est pas mal plus large qu’on passait, ce qui peut être réconfortant: moi-même, malgré moi, ça m’est arrivé d’intérioriser cette idée qu’un rapport sexuel qui ne mène pas à un shower sept mois plus tard est un peu wrong.

Mais c’est ce raisonnement même qui est wrong.

Vous avez pas à savoir tout ça pour baiser mieux, vous épanouir, ou justifier votre sexualité. Mais ça peut être une maudite bonne façon d’éviter de vous détester vous-mêmes et de slutshame les autres pour leurs pratiques.

Je tiens à t’écrire quelques phrases pour m’excuser à toi, l’enfant que j’aurai pas: si j’ai pas utilisé tous mes spermatozoïdes pour féconder des ovules, c’est parce que j’étais très occupé à donner des coups de bassin pour bâtir une société meilleure.