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Comment ne pas harceler sexuellement les gens - entête

Comment ne pas harceler sexuellement les gens

Dans la foulée du mouvement #moiaussi, qui a mené à une prise de conscience sociale concernant les agressions et le harcèlement sexuel, plusieurs personnes ont déclaré perdre un peu leurs repères en matière de séduction. Comment aborder les gens que l’on désire sans les harceler sexuellement? Comment s’assurer qu’ils se sentent bien lorsqu’on fait un move?

Si je suis parfaitement honnête, il n’est pas si simple de répondre à ce genre de questions, puisque chaque situation est différente et que chaque être humain est différent. Une approche pourrait à la fois séduire Mme Tremblay et horripiler Mme Beauchamp. On ne peut pas adopter une ligne de conduite uniforme qui garantit tout le temps une réponse identique. Mais on peut très certainement s’entendre sur une base minimale pour ne pas harceler les gens...

 

1. Laisser la possibilité aux autres de nous rejeter

Le rejet, c’est plate. Je ne vais même pas tenter de nuancer ceci : se faire rejeter, c’est très chiant. Mais ce qui est vraiment chiant aussi, ce sont les agressions sexuelles. Et alors que le rejet fait partie des aléas de la vie, l’agression sexuelle est une attaque à l’intégrité physique d’autrui. Ce ne sont pas deux choses égales.

Accepter le rejet et l’échec comme un résultat possible et acceptable lorsqu’on tente de séduire quelqu’un permet de ne pas commettre d’agression sexuelle.

Maintenant, il faut aussi reconnaître les signes de rejet pour ne pas harceler la personne que l’on désire. Voici des exemples de signes de rejet :

  • un “non” ou un “arrête” exprimé verbalement

  • une personne qui recule lorsque vous approchez

  • une personne qui fige

  • une personne qui vous ignore

  • une personne qui est bête avec vous lorsque vous la cruiser

L’éventualité d’un échec ne devrait pas provoquer chez vous l’envie de piquer une crise. Si vous n’avez pas la maturité d’accueillir le rejet, vous n’avez pas la maturité d’avoir des relations sexuelles.

 

2. Ne pas prendre la porno comme modèle

Oui, les gens que l’on voit à l’écran dans la porno acceptent tout le temps n’importe quel acte sexuel, tout le monde est tout le temps en manque, et quand quelqu’un dit “non”, l’action se poursuit et il n’y a pas de conséquences. Vous savez pourquoi? Parce que c’est de la fiction. Ce n’est pas la réalité. Et ces gens que l’on voit à l’écran sont payés, consentants, et conscients d’être filmés.

La pornographie, c’est du cirque. Et on peut évidemment trouver ça divertissant de regarder des professionnels s’accrocher au plafond pour faire des pirouettes exigeantes en hurlant de plaisir. Mais si on s’attend de nos partenaires sexuels qu’ils répondent à nos attentes de la même manière qu’un acteur porno, un solide reality check s’impose.

 

3. Incorporer la gradation à sa sexualité

Ce qui pose souvent problème en matière de consentement sexuel, c’est que les gens qui harcèlent ou agressent les autres ne leur donnent même pas la possibilité d’exprimer un refus. Les gestes surviennent “par surprise” pour la personne ciblée. Elle n’a même pas le temps de réagir, il est déjà trop tard.

Si vous sortez vos organes génitaux pour les imposer à la vue d’une personne qui croise votre chemin sur la rue ou que vous balancez des messages vulgaires dans la boite de messagerie d’une personne sur les réseaux sociaux, il n’y a pas de gradation.

De la même manière, si vous embrassez pour la première fois quelqu’un que vous avez rencontré sur Tinder et que la seconde d’après, vous la virez de bord pour la pénétrer, il y a quelque chose que vous n’avez pas compris aux règles de base qui régissent les relations humaines - ou que vous faites semblant de ne pas comprendre. Pour obtenir le consentement sexuel d’une personne, il faut commencer par lui laisser le temps de l’exprimer.

 

4. Faire une analogie avec une situation qui n’est pas sexuelle

Fouillez-moi pourquoi, mais nous avons beaucoup plus de facilité à reconnaître un geste irrespectueux lorsqu’il n’est pas de nature sexuelle. Ainsi, lorsqu’on n’est pas sûr de comprendre pourquoi une personne qu’on tente de séduire réagit comme elle réagit, il peut être bon de transposer la situation à une autre où il n’y a pas de désir.

Par exemple, pour comprendre le harcèlement de rue, imaginez que vous-même marchez sur le trottoir et que quelqu’un vous arrête dans votre parcours et vous sollicite pour financer une cause… Probablement que si cela ne se produit qu’une fois, ça ne vous embêtera pas trop. Mais imaginez que trois personnes dans votre journée vous sollicitent pour financer une cause. Et supposons aussi que le deuxième solliciteur vous crie une insulte par la tête parce que vous ne lui donnez pas d’argent. Il y a de fortes chances qu’une fois rendu au troisième, vous soyez déjà de mauvaise humeure dès qu’il vous aborde.

Avouons-le, c’est assez rare que des représentants de Greenpeace ou L’Armée du salut se comportent de cette manière. Mais ce n’est pas rare que des personnes qui sollicitent du sexe agissent ainsi.

Personne du mouvement #moiaussi n’a réclamé la fin de la séduction sexuelle. Ce n’est pas l’objectif. L’idée est de mettre fin aux situations sexuelles injustes, irrespectueuses ou illégales. Mais une fois les notions de respect de base acquises, personne ne vous empêche de libérer le Roméo et la Juliette ou l’Émilie et l’Ovila qui sommeille en vous!

Cruiser tout en acceptant qu’il soit possible de se prendre un râteau, oui, c’est difficile. Mais c’est aussi ce qui rend le résultat si magique quand ça fonctionne.